Il descendait l"/> Il descendait l">
 


                                                    -                                


AHFIR A LEPREUVE DE SON CALIFE - 4
- Issamy
-


20 12 2017 - 18:07


 

AHFIR A LEPREUVE DE SON CALIFE
Episode IV : Le calife et ladolescent

Un jour, le calife contrevint son habitude et entama sa tourne dinspection tt le matin. La cit venait peine de commencer sanimer vers les coups de huit heures de cette journe dt lorsquil sadjoignit deux sbires et entreprit sa mission dinspection.x

Il descendait la rue des trois cimetires, laquelle dans sa partie haute regroupait surtout des commerces et dans sa partie basse des habitations. Il inspectait les faades des btiments et les trottoirs dun balancement de la tte quil tournait rgulirement dans un mouvement de pendule. Sa progression continuait dans une chorale de sbah lkhir ah sidi, sbah lkhir ah moulay (bonjour monsieur, bonjour mon seigneur,) manant des passants et des commerants et de leurs clients, accompagne dinclinations plus ou moins basses selon le degr de crainte que le personnage inspirait ou dopportunits quil suggrait. Tout stalait sous son regard de lynx sa bonne satisfaction. Sa vanit senflait de tant de succs emports sur des gens dpourvus de tout moyen de dfense, et de cette forte crainte quil inspirait aux habitants et qui se rpandait comme une peste qui sabat sur une communaut qui ignore les moyens de sa propagation.

Les choses commencrent perdre de leur clat ds quil commena sa progression dans la partie des habitations o les moyens de satisfaire ses commandements samenuisaient. Certes, pas la moindre goutte deau qui sortait des portes, ni de poubelle non rentre aprs le passage des boueurs, mais de temps autre, son regard tait attir et sa joie trouble par de petites quantits de dtritus quun chien ou un chat aurait dverss sur le trottoir en cherchant sa nourriture dans les poubelles et qui auraient chapps la vigilance soit des habitants soit des boueurs. Alors une double dcision tait prise sur le champ. Dabord, il chargeait un des mokhaznis sommer les occupants de la maison proximit de laquelle gisait le dtritus de procder son enlvement et ensuite il intimait lautre lordre de transmettre au chef du service des boueurs de son mcontentement de leur faon dexcuter leur tche. Mais en ralit aurait-il eu la patience de laisser un autre faire ce quil pt lui-mme accomplir et sen rjouir de son accomplissement ? De telles questions, il avait lhabitude de les rgler coups daccs de colre qui branlaient les meilleures certitudes de soi et stressaient les plus passionns par leur travail.

Ce ne fut quune mise en bouche par rapport ce que le calife allait dcouvrir quelques centaines de mtres plus loin.

Ce matin, Mimouna une mre de famille, qui en avait marre duser de la serpillire pour nettoyer le sol, laquelle pensait-elle, ne fait qutaler la salet, se rveilla avant le lever du soleil et prmdita de laver lensemble du sol de sa maison grande eau. Son stratagme contre linterdit califal, consistait accomplir sa tche avec le lever du soleil. Bien sr quelle tcherait de limiter au maximum la quantit deau qui trouverait son chemin vers la rue, mais son stratagme, croyait-elle, serait infaillible, dans la mesure o la tourne dinspection du calife naurait lieu que tard aprs quelle eut fini son grand nettoyage. Il lui paraissait vident que cela laisserait largement le temps au soleil dt de lasscher avant larrive de ce potentat contrleur. Sre de linfaillibilit de son plan elle naccordait quun il distrait leau qui prenait son chemin vers le trottoir. Quand elle eut fini sa besogne, elle arborait une mine rjouie, cependant, elle saperut quune petite mare stait forme sur le trottoir. Sans sinquiter outre mesure et se conformant au code culturel qui interdisait aux femmes de saventurer hors des limites de leur demeure afin de se prserver du regard des hommes, elle intima lordre sa fille de se dpcher de prendre le balai de doum (palmier nain) et de disperser leau le plus loin possible afin de faciliter la tche du soleil dont elle tait sre quelle accomplira infailliblement son devoir. La fille sexcuta nonchalamment et autant que le permettait ltat dune enfant mal rveille. La mre continua vaquer ses occupations quotidiennes et quand elle eut prpar le petit djeuner, elle rveilla ses deux adolescents, de 15 et 13 ans, qui dormaient du sommeil du juste mle. Ils mangeaient dans une ambiance joyeuse, tellement la fiert de la mre fut communicative, que les deux adolescents ne se regardrent pas, comme laccoutum, en chiens de faence. Soudain, comme un tonnerre dans un ciel bleu, on entendit une voix gronder et donner de fortes tapes sur la porte de la maison. En sa qualit dhomme de la situation, en labsence de son pre parti au travail avant que son pouse nexcute son audacieux plan, Abdallah, lan des deux adolescents, regarda sa mre avec des yeux questionneurs et se mit debout, prt faire face au danger. Il nen fallut pas plus de temps Mimouna pour raliser la gravit de lchec de son plan. Alors, elle balbutia :
Oh ! Bardi ! Bardi ! (Mon malheur !) Cest srement lakhlifa (le calife). À cause de leau sur le trottoir... Il est venu tt ce matin... Je ne pensais pas quil allait tre aussi matinal...
Exaspr, Abdallah ragit en homme matre par intrim de la maison et sadressa aux femmes avec reproche :
Quavez-vous sortir leau ? Ne savez-vous pas que ce fils de lahram (faon douce de dsigner un btard) de calife narrte jamais de chercher noises tout le monde ?
Il se reprit de cette dfaillance trangre son caractre fougueux et en plus adolescent et arbora un courage inflexible et se dcida daffronter lautoritarisme de ce calife quil considrait comme un sinistre individu, inculte et hors du temps. Il ordonna aux femmes de ne pas se mler de ce qui est exclusivement affaire dhommes et dcida de sortir sexpliquer, dhomme homme, avec le calife et advienne que pourra ! Ple comme un linceul, Mimouna faisait semblant dobir son fils, elle ordonna sa fille de sasseoir, tout en lui donnant lexemple. Dun temprament plus port sur la modration et mesurant lampleur du choc entre le titan du pouvoir local et une grenouille que la fougue de ladolescence et quelques frquentations malvenues avaient enfle, Tayeb, le cadet de la fratrie se tapit dans un silence qui couvait une rflexion intense afin de trouver lissue qui limiterait les dgts. Alors, il sadressa son frre :
Ecoute-moi Abdallah! Si tu te confrontes au calife non seulement tu te feras tabasser mais tu finiras assurment en prison... Ne le connais-tu pas ? Il est toujours accompagn de mokhaznis contre lesquels tu ne peux rien, dautant quils sont toujours prompts manier le bton. Moi je propose quon se terre chez-nous dans le silence complet, ainsi ils croiront que la maison est vide et ils renonceront...
La mre et la fille acquiescrent, dun oui appuy, cette proposition, puis la mre sassura auprs de la fille que la porte tait bien ferme, comme dhabitude, clef.
Nen faisant qu son cerveau brl par la passion et lidalisme que suscite ladolescence, il ne rpondit point et se dirigea rsolument avec la certitude dun David qui affronta Goliath, vers la porte. Les quelques mtres du couloir de la maison quil franchit avant darriver sur larne, lui donnrent le peu de temps qui lui permit dcorner quelque peu les pointements de ses penses belliqueuses. Il ouvrit la porte et se trouva face face avec deux mohkaznis, le calife stait positionn en retrait pour bien marquer son autorit et la dignit quil croyait sen maner. Il ne manquait, pensait Tayeb qui suivait son frre, que les aboiements pour que la scne reproduise une chasse courre. Modrment, Abdallah salua le calife, tout en ignorant les deux sbires quil prit pour quantit ngligeable, tant leur rputation tait excrable dans les milieux ahfiriens:
Sbah lkhir Si lakhlifa
Sans daigner lui rendre la politesse, pour ne pas raccourcir la distance dhonorabilit qui spare un seigneur du makhzen dun vulgaire adolescent, le calife, la mine froce, lapostropha en termes svres :
Quest-ce que cest que a? Lui dit-il en montrant la partie du trottoir mouille
Cest que de leau ! Rpond Abdallah, feignant la nonchalance comme pour marquer la bnignit du fait et lexagration de lattitude du calife.
Je vois bien que cest de leau ! Mais nai-je pas interdit (la premire personne est sciemment utilise pour bien marquer son pouvoir) de sortir la moindre goutte deau ? .
Voulant intervenir, comme sil rpondait un vu secret de sa mre, Tayeb, essaya de sinterposer entre les belligrants en implorant le pardon du calife :
Voyez-vous monsieur le calife, nous avions absolument besoin de nettoyer chez-nous.... Pardonnez-nous monsieur, ce sera la dernire fois et jamais...
Tais-toi... Et rentre la maison lui rtorqua son frre avec la volont de minorer son intervention ou mme lannuler. Puis reprit-il, avec la certitude de quelquun que la logique sert infailliblement, lintention du calife :
Et o voulez-vous quon la mette, cette eau, si on ne peut pas la sortir ?
Eh bien bois l ! rpond le calife avec une superbe et une morve ingalables
Vex outrance, bless dans son honneur familial quil portait, en sa qualit de fils an, avec une responsabilit que ladolescence accentuait, Abdallah, oublia toute alerte de sa conscience et fona droit dans le danger et rtorqua avec un mpris affich lgard du calife:
Bois-la toi-mme !
La messe tait dite car lirrparable fut commis. La rplique fut foudroyante pour le calife. Lui dont personne navait jamais mme pas os soutenir le regard, lui qui ne rptait jamais deux fois son ordre, lui dont lautorit navait de limite que celle que lui-mme par bont et magnanimit, voulait lui donner, fut insult par un adolescent minable.
Foudroy par le regard mauvais du calife sortant de deux yeux exorbits, dans un visage congestionn par la fureur, ladolescent, ne manqua de supporter ce regard acr destin lanantir. De lair du vainqueur magnanime, il gratifia son adversaire, avec lequel il avait lair davoir, miraculeusement, inter-chang les rles, dun raisonnement cens provoquer, immanquablement, sa lucidit. Il lui assna, alors, avec lattitude du tmraire et un espoir tnu de rattraper lirrattrapable :
Que voulez-vous quon y fasse ? Il ny a pas dgouts et il faut bien quon nettoie la maison.... Et puis cest lt a va vite scher...

Neut t sa contenance personnelle naturelle soutenue par lautorit quil dtenait, il aurait prouv le doute, lbranlement de sa dtermination et la remise en cause du bien-fond de sa dcision injuste et abusive. Rien ny fit. La raction du calife, colrique de nature, eut leffet dun tsunami sur la petite famille dAbdallah. Il ordonna, dun ton grondant et des clats de voix qui atteignirent les voisins, lun de ses deux sbires demmener manu militari Abdallah la prison. Ne pouvant disposer de la prison officielle, car ne relevant pas de sa comptence et ne pouvant empiter sur les prrogatives dun autre membre du makhzen, le reprsentant du ministre de la justice, le calife avait amnag sa propre prison en conformit avec la reprsentation sociale arbitraire des relations entre les responsables makhzniens et leur administrs. Il sagissait dun local amnag pour y consigner les rfractaires et punir les contrevenants ses rgles et ordres, en les retenant pendant le temps quil fallait pour quils reprennent conscience de leur faiblesse face son despotisme, expriment le remords de lui avoir dsobi et sabment dans les regrets et la demande de son pardon. Un chtiment tellement humiliant selon la reprsentation sociale que ceux qui en ptissaient trainaient les relents dvalorisants longtemps aprs.

Ds quelle eut entendu la dcision fatidique, la mre qui suivait, de derrire la porte, inquitement le droulement de lchange violent qui opposait son fils au calife, sentit ses forces dfaillir. Instinctivement elle saffligea de sentiments de culpabilit :
Oh mon malheur moi toute seule... Oh mon malheur ! Jai fait emprisonner mon fils... jai fait emprisonner le fruit de mes entrailles... Cest moi la cause de son malheur, cest moi la coupable... on va le frapper, on va le torturer , Cependant, elle nosait enfreindre le code collectif de la famille en quittant son lieu dembusquage. Elle se retenait dajouter la catastrophe, le dshonneur qui aurait frapp toute la famille si elle stait montre des hommes trangers sa famille. Au premier cri de dtresse de sa mre, Abdallah voulait sindigner contre lattitude de sa mre quil jugeait honteuse pour lui, mais le mokhazni lavait dj pris au collet et le poussait violemment devant lui en direction de la prison . Le calife, abasourdi, se perdit dans un flot de penses qui le ramenaient toutes la mme question : comment un pitre adolescent eut os braver son autorit et mme lui manquer de respect ? Il ny trouva comme rponse que la mauvaise ducation et le relchement des murs et de lthique collective. Certes, la vive motion quil ressentit branla quelque peu sa volont, mais sa conviction resta inamovible. Alors, il ne continua pas moins son chemin en ayant lhorizon de ses penses limpratif quil stait assign de redresser, de dompter ces habitants qui manquaient de civilit et durbanit.




377

/ | ..
1 * : - , ..
..


..
.. ..
..


: ..
..
..


: ..
- : 1940 "" "" ..
..


..
- | | ..
..


..
22 2019 ..
..


Transes chromatiques..
Entre deux rives Un roseau orphelin Rhizome enseveli Feuilles en berne Entre..
..




ڡ



 
 




© 2019 - ahfir.eu
ici.ahfir@gmail.com

: . ,