AHFIR A LEPREUVE DE SON CALIFE - 3
- Issamy
-


18 12 2017 - 18:15


 

AHFIR A LEPREUVE DE SON CALIFE
Episode III : Le calife se faisait flanquer toujours de deux mokhaznis
Ds lindpendance, la ville dAhfir, linstar du reste du Maroc, stait dveloppe dune faon vertigineuse cause de lexode rural provoqu par la libration qui avait suscit dnormes espoirs parmi les populations. Lexpansion dmographique ne fut pas suivie dun dveloppement urbanistique.x

Conue comme une simple ville garnison, du fait de sa situation sur la frontire maroco-algrienne, elle se situe au creux dune zone montagneuse faible altitude, qui en quelque sorte, constitue un trait dunion entre les deux principales plaines de la rgion, les Triffas et les Angades. Le noyau construit par la colonisation franaise, nabritait, autour de la garnison, pratiquement que des services ayant trait la scurisation de la rgion contre toute vellit de renouer avec lesprit combatif des tribus des bni-znassen qui occupaient les zones environnantes. La colonisation de peuplement ne toucha presque point cette portion de la rgion, dont les ressources demeurrent faibles. Autour du noyau administratif et militaire colonial, stait agglutine une minuscule communaut juive, que sa proximit culturelle du colonisateur lui permit de profiter de nombreux avantages conomiques, sociaux et surtout fonciers qui lui permirent de sapproprier, dans lombre des colons franais, de grandes superficies de terres environnantes. La dtrioration continue des conditions de vie dans les campagnes avait pouss maintes familles rurales migrer pour sinstaller la proche priphrie de ce noyau colonial. Mais ce fut larrive en masses(1), des rfugis algriens jets sur le chemin de lexil par le durcissement de la politique de colonisation dans leur pays, entam avec le dbut de la guerre de libration en 1954, qui avait fait pousser, en quelques annes, dans le village rural dAhfir, un habitat musulman que constituaient des quartiers entiers qui staient dvelopps rapidement dans lignorance officielle des rgles de lhygine et de la salubrit que ncessite une urbanisation normale : aucun systme dassainissement, des gouts ciel ouvert, une dcharge publique en plein air quelques centaines de mtres du centre bourg. Les quipements publics urbains se rsumaient peu de choses : un camion ordinaire improvis pour lenlvement des ordures mnagres, quelques individus sous-pays pour balayer, laide de branches de palmiers et de brouettes en guise de bennes ordures, et mme des charrettes loues ou rquisitionnes leffet. Les espaces publics servant de places et rues ne distinguaient pas, par des bordures, la chausse rserve aux vhicules de la partie alloue aux pitons. On tait encore lpoque o lhomme, ses animaux, ses moyens de locomotion rudimentaires et les vhicules modernes se ctoyaient, dans lespace public, sans grande gne. Plusieurs annes passrent avant que la ville ne commence se restructurer, dans sa partie postcoloniale, et prendre lallure dun centre urbain avec un minimum de ses attributs modernes.

En labsence dune canalisation souterraine dvacuation des eaux uses, les ruisseaux en biseau coulant des portes de maisons vers la rue taient une pratique courante et lunique moyen, pour les familles, de se dbarrasser des eaux uses. Les trottoirs, terreux et parfois pierreux, taient ainsi stris de ruisseaux qui ne manquaient pas de dgager des puanteurs persistantes des eaux stagnantes. Quelques-uns taient mme construits en dur et amnags de faon ce que les eaux, mme en cas dune forte affluence, ne dbordent pas du lit. Face cette situation, certes dtestable cependant impose par labsence dun systme dassainissement, le calife prit des mesures draconiennes et sans tenir compte de la moindre responsabilit de lÉtat dans cette situation dplorable. Il contraignit, ainsi, les propritaires des maisons carreler leurs frais, lespace public du trottoir contigu leurs proprits, dchargeant ainsi la collectivit locale de lune de ses responsabilits et surtout dune dpense consquente. Il dcrta linterdiction absolue quune autre eau que celle qui tombe du ciel puisse avoir droit de cit dans les rues de la ville. Il bannit tout objet pouvant porter atteinte lesthtique et la salubrit publiques.
Lautre volet de laction du calife consistait en une mission dassainissement et de rparation des murs entachs par les perversions que des jeunes tourdis, cervels introduisirent dans le chromosome ahfirien en imitant ces kouffars sans loi ni foi qui vivent dans des contres lointaines.

Pour pouvoir safficher une contenance toute preuve, et sassurer contre tout risque intempestif de dsobissance, le calife se faisait flanquer de deux mokhaznis (membres des forces auxiliaires) pour accomplir la mission dont il se croyait naturellement investi. Il se faisait un devoir sacr darpenter les rues de la ville la recherche de la moindre infraction son code de conduite. La moindre discordance, la plus petite dissonance ce quil considrait, lui, comme ltat convenable des choses tait sanctionne, sance tenante, coups de vocifrations qui pouvaient aller jusquaux insultes, afin que le prjudice soit rpar illico presto. Le moindre papier, mme propuls par le vent ou jet par un individu distrait constituait une infraction sa loi dont le propritaire de la maison adjacente au lieu du crime tait rendu responsable en premier et dernier lieu.

Avec son air de puissance et de dignit excessive que lui confrait la prsence des deux mokhaznis, il avait accoutum les habitants de la ville ses inspections quil effectuait quotidiennement presque de manire rituelle dans un crneau horaire quasi invariable. Cependant, avant de satteler cette mission, il commenait par sassurer que les services administratifs, qui relevaient de sa responsabilit, ne prsentaient aucune anomalie pour tout ce qui avait trait lapparente rgularit de leur fonctionnement et lassiduit de leurs prposs. Ainsi ctait tardivement dans la matine quil entreprenait son priple travers les rues de la ville.

Si crainte quelle et t lautorit du calife, les femmes nauraient pu se rsigner sacrifier la propret la peur et la soumission que leur inspire lautorit du calife. On ne pouvait, malgr linterdiction formelle de laisser couler les eaux uses lextrieur des maisons, se rsigner laisser tous les quipements relevant de la literie sans tre lavs pendant la saison dt en prvision des rigueurs de la saison dhiver. Pour rsoudre ce dilemme, les femmes renouaient avec leur pass dont elles avaient gard un souvenir encore oprationnel. En effet, elles se tournaient vers des pratiques quelles exeraient quand elles vivaient encore en campagne, savoir recourir aux lavoirs naturels que constituaient les bords de loued le plus proche. Heureusement, la ville dAhfir est situe sur les bords de loued Kiss, qui, par endroits constitue le trac de la frontire avec lAlgrie. Ce fut une vritable aubaine pour les familles contre les commandements de rigueur du calife.

Face une autorit qui les broyait sans rpit, les ahfiriennes apprirent, aussi, se dfendre par la ruse. Ainsi, mettaient-ils profit les moments tant de pluie que de soleil pour utiliser en abondance leau pour le nettoyage. Lune comme lautre les soulageant de linterdit. La premire tait, pour eux, une vritable aubaine en emportant leurs eaux uses sans distinction avec ses propres eaux. Quant au soleil, pour quil puisse asscher les eaux ayant coul dehors, il fallait dabord quelles fussent sorties suffisamment de temps avant le passage du calife et ensuite disperses laide du balai aussi loin que possible pour faciliter leur vaporation.
_________________________________________________________
1 - En quelques jours 13 000 individus se sont rfugis dans la rgion dAhfir . Daprs Franois Chevaldonn et Paul Moity, cits par Abdelhalim dans son article Une image, un propos , publi par le site ahfir.com le 16 septembre 2017.




287

..
22 2019 ..
..


Transes chromatiques..
Entre deux rives Un roseau orphelin Rhizome enseveli Feuilles en berne Entre..
..


..
( ) (..
..


: ..
..
..


..
: : : 1957 ..
..


..
: ~ : ..
..


AHFIR A LEPREUVE DE SON CALIFE - 5..
AHFIR A LEPREUVE DE SON CALIFE Episode V : La libration de l'adolescent Le..
Issamy ..




ڡ



 
 




© 2019 - ahfir.eu
ici.ahfir@gmail.com

: . ,